mercredi 26 août 2009

la Suisse se déculotte

En deux jours, la Suisse se déculotte devant les Etats-Unis et la Libye

Banqueroute / mercredi 26 août par Amédée Sonpipet Bakchich.info

Qui dit mieux ? Mercredi dernier, la Suisse a bradé son secret bancaire aux Etats-Unis, et jeudi son honneur en Libye. Longtemps admirée, la Confédération est devenue une serpillière.

Le journaliste lausannois Claude Monnier, 71 ans, commence son éditorial dominical ainsi : « Longtemps, la Suisse a donné l’impression de se croire l’élue du Seigneur : meilleure moralement, plus intelligente politiquement, plus habile économiquement, que tous les autres pays réunis. Elle a échappé à deux guerres mondiales et jouit d’une prospérité exceptionnelle, malgré l’absence de matières premières. »

Tout cela est en train de s’effondrer, d’un coup. En février 2009, l’UBS, la plus grande banque du pays, est contrainte de lâcher au fisc américain les noms de 255 de ses clients domiciliés aux Etats-Unis. C’est non seulement une grave entorse au fameux secret bancaire helvétique, mais aussi une trahison.

La Suisse livre 4450 noms

Après avoir fait son beurre sur ses riches clients américains, en les aidant à dissimuler leurs avoirs derrière des sociétés bidons et des œuvres caritatives, voilà que l’UBS les dénonçait pour sauver sa peau. Bien évidemment les Etats-Unis n’en sont pas restés là. Ils ont menacé la banque d’un procès qui pouvait lui coûter des milliards d’amendes. Quant aux banquiers suisses, ils étaient sous le coup d’inculpations pour complicité de fraude fiscale.

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© Nardo

Mercredi 19 août, le gouvernement suisse a signé un compromis avec Washington. L’UBS échappe au procès mais livre encore 4 450 noms de clients américains. Pour Berne, c’est une victoire à la Pyrrhus. Pourquoi les Américains ne continueraient-ils pas à réclamer d’autres noms ? Puis à s’attaquer à d’autres établissements financiers, le Crédit suisse et les prospères banques privées de Zurich, Genève et Lugano.

L’arrestation d’Hannibal Kadhafi

On imagine que tous les autres fraudeurs, américains, français ou allemands, sont presque tous actuellement en train de vider leurs coffres suisses. Pour se réfugier à Chypre, à Singapour ou à Dubaï, des places financières qui ne sont pas encore dans l’œil du cyclone. Du coup, la Suisse va se retrouver nettement plus propre, mais beaucoup plus pauvre.

Bafouée par les Américains, Berne a été humiliée le lendemain par la Libye. Que s’est-il passé ? Le 15 juillet 2008, la police genevoise met en cellule pendant deux jours Hannibal Kadhafi, le plus allumé des fils du « Guide », qui tabassait, avec son épouse, leurs domestiques dans un palace genevois. Aussitôt, par mesure de rétorsion, Tripoli arrêtait deux Suisses. Un an plus tard, les deux malheureux ne peuvent toujours pas quitter le pays.

Le colonel Kadhafi vide ses coffres

Plus grave encore pour la Suisse : le colonel Kadhafi décide de retirer toute sa fortune de la Confédération ! Hans-Rudolf Merz, le président, est donc allé à Canossa jeudi dernier. A plat ventre, il a exprimé ses excuses « au peuple libyen pour l’arrestation injuste de diplomates libyens par la police de Genève » (or, Hannibal et son épouse ne sont pas diplomates). Plus grave, le président suisse annonce la mise sur pied d’un tribunal arbitral chargé d’examiner les circonstances de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi

Et Hans-Rudolf Merz, qui n’a même pas été reçu par le colonel Kadhafi, est reparti… sans les deux Suisses. Ces derniers ont déjà passé plus de 13 mois en Libye sans raison. Hermann, le dessinateur de La Tribune de Genève, montre le président de la Confédération en caleçon qui déclare : « Je n’ai pas baissé mon pantalon devant Kadhafi. Il était déjà en bas pour l’accord UBS-USA ».

« Racketter la Suisse »

En deux jours, le gouvernement suisse a bafoué ses propres lois. D’une part, il a violé le secret bancaire, ce qui reste toujours un délit, passible d’une peine de prison. D’autre part, il s’est ingéré dans les affaires du canton de Genève. Or, la justice relève toujours du canton et non de la Confédération. Savez-vous comment le journaliste Claude Monnier titre sa chronique ? « Racketter la Suisse ? Chacun ose, désormais ! ».

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