jeudi 27 août 2009

Si les traders veulent s'en aller voir ailleurs, qu'ils y aillent

Les traders s'en vont? On peut s'en passer...

Sobiz - Blogueur associé | Jeudi 27 Août 2009 à 12:01 | Lu 4592 fois
Marianne2.fr

Grand mercato des traders: si l'encadrement est trop strict, les financiers iront ailleurs, emmenant avec eux, loin de la France, leurs précieux billets. Sobiz s'est penché sur le problème, et a découvert deux choses: il n'y a pas plus de mercato que de beurre en poudre. Et si les traders envahissaient l'Eurostar, ça ne serait pas si terrible...




Pour un peu, on en aurait les fesses qui font bravo, tiens. L’internationale des traders à futal Paul Smith qui menace, la main sur le cœur, de quitter la France pour des cieux financièrement plus cléments si on leur rabote leurs jolis bonus à six zéros ; des patrons de banque qui les défendent, trémolos dans la voix et larmichette au coin de l’oeil ; le tout soutenu par la plume revancharde de dispensables ronds de cuir de Valeurs Actuelles et d’éditorialistes à bretelles. Fichtre : l’attelage a de quoi faire frissonner. Voire donner des sueurs froides aux gérontes de la Commission bancaire, censée contrôler l’application du « code de bonne pratique » des banques, adopté en février dernier, qui prévoyait notamment un encadrement des bonus.

Ainsi donc, il y aurait un mercato des traders, à l’image de celui du foot. Ainsi donc les banques anglo-saxonnes seraient à l’affût, avides de débaucher des meilleurs éléments des salles de marché de BNP Paribas ou Société Générale. Ainsi donc, les brillants esprits des « front offices » seraient prêts à quitter la France du jour au lendemain si l’Etat limite leurs bonus, ou, comme le gouvernement l’envisage, les étale sur plusieurs années et en limite les versements en cash. A défaut d’une fuite des cerveaux, on aurait donc une évasion de pompes Weston, une hémorragie de Rolex, un exode de complets Hugo Boss. Flippant, tout ça, flippant.

Rappelons donc quelques vérités. Les banques de financement et d’investissement (BFI) des établissements français ont généré près de 6 milliards d’euros de pertes en 2008. Elles ont annoncé des coupes dans leurs effectifs d’environ 3 500 postes, en majorité sur les métiers de marchés : plus de 700 chez Calyon (250 en France, 250 à l’étranger et 235 dans le courtage), 1 000 pour la BFI de BNP Paribas, 1 250 chez Natixis dont 850 sur la BFI. Au niveau mondial, on estime à plus de 500 000 le nombre de licenciements dans le secteur financier.

Pour perdre de l'influence, il faut en avoir eu...

Les banques qui se battent pour embaucher du trader, c’est donc une mystification. Il n’y avait qu’à voir, il y a quelques mois, les golden boys français virés de la City qui débarquaient en Eurostar gare du Nord, s’inscrivaient à une agence d’intérim pour bosser une heure, et profitaient d’une faille du système d’assurance chômage français pour toucher leurs - énormes - allocs en France, faute de poste à leur mesure – et à leur salaire. En avril dernier, l’université Paris-Dauphine annonçait même la fermeture jusqu’à nouvel ordre du fameux Master 203, intitulé « marchés financiers, marchés des matières premières et gestion des risques ». Cause invoquée : « fortes restrictions de recrutement dans le secteur ».

Conclusion de cette pénible logorrhée
: il n’y a pas plus de mercato des traders que de connexion neuronale dans le cerveau de Frédéric Lefebvre. Pas de mercato, car pas de transferts, à part pour des profils très spécifiques, quelques dizaines en France tout au plus. Des gros bonnets français de la City, beaucoup ont changé de métier, se sont exilés, voire carrément arrêté les frais. Le chiffon rouge agité par les patrons de banques est avant tout un moyen de justifier a posteriori le milliard d’euros de provisions passé par BNP Paribas en pleine torpeur estivale pour les bonus de ses traders. Ou les 11,3 milliards mis de côté par la banque d’affaires américaine Goldman Sachs pour ses opérateurs de marché, soit 700 000 dollars par salarié, le double de 2008.

On peut même aller plus loin. Quand bien même ces fameux traders français prendraient la poudre d’escampette (pas leur préférée, mais bon, admettons), quels seraient les dégâts sur l’économie française ? Quinze points de PIB ? Des trains qui ne roulent plus ? Un pays en banqueroute ? Restons sérieux. L’affaire Kerviel a prouvé que même avec 5 milliards de pertes sur sa BFI, la Sogé pouvait afficher des résultats positifs grâce à son activité de banque de détail. Même aux Etats-Unis, les 32 milliards de dollars de bonus en 2008 dans les 9 banques pourtant aidées par l’Etat sont largement compensés par les 38,5 milliards glanés par ces mêmes banques sur les diverses commissions facturées au grand public (agios, frais de retrait, de retard etc). Sachant que 90% de ces commissions ont été payées par 10% de leurs clients les moins favorisés. La banque de détail, ou la bonne vieille assurance tout risque quand la finance explose.

Le seul vrai manque à gagner d’un départ des traders serait peut-être un impôt sur les sociétés plus faible payé par les banques à l’Etat, si les activités de BFI apportent du chiffre d’affaires supplémentaire. Ce qui, on l’a vu en 2008, n’est pas toujours le cas. Sinon ? Ah oui, il y a la fameuse « perte-d’influence-de-la-place-de-Paris ». Avec, en filigrane, le vieux rêve de faire de la capitale française le pendant continental de la City. Mais quelle influence, au juste ? Celle qui a fait qu’Euronext, la bourse de Paris, s’est fait absorber par le New York Stock Exchange sous prétexte d’une « fusion entre égaux » ? Celle qui conduit le même NYSE à rapatrier discrètement tout l’outil informatique à Londres ? La vraie chance de Paris est passée : c’était la fusion avec la bourse de Francfort, projet européen écarté pour se jeter dans les bras de New York avec le succès que l’on sait.

De quoi la France a-t-elle besoin ? De groupes industriels forts, de PME plus grosses et plus exportatrices, de sociétés leaders technologiques, de banques de détail qui les soutiennent avec des crédits. De traders ? Oui, mais qui échangent des actifs réels, en contact avec les besoins de financement de l’économie. Pas de nerds spéculant sur des produits dérivés dont ils ne sauraient dire à quoi ils correspondent, et dont l’essentiel de l’activité n’a aucun lien avec l’économie réelle. Si ceux-là ne sont pas contents, les Eurostars sont loin d'être pleins.

Retrouvez les articles de Sobiz sur son blog

mercredi 26 août 2009

la Suisse se déculotte

En deux jours, la Suisse se déculotte devant les Etats-Unis et la Libye

Banqueroute / mercredi 26 août par Amédée Sonpipet Bakchich.info

Qui dit mieux ? Mercredi dernier, la Suisse a bradé son secret bancaire aux Etats-Unis, et jeudi son honneur en Libye. Longtemps admirée, la Confédération est devenue une serpillière.

Le journaliste lausannois Claude Monnier, 71 ans, commence son éditorial dominical ainsi : « Longtemps, la Suisse a donné l’impression de se croire l’élue du Seigneur : meilleure moralement, plus intelligente politiquement, plus habile économiquement, que tous les autres pays réunis. Elle a échappé à deux guerres mondiales et jouit d’une prospérité exceptionnelle, malgré l’absence de matières premières. »

Tout cela est en train de s’effondrer, d’un coup. En février 2009, l’UBS, la plus grande banque du pays, est contrainte de lâcher au fisc américain les noms de 255 de ses clients domiciliés aux Etats-Unis. C’est non seulement une grave entorse au fameux secret bancaire helvétique, mais aussi une trahison.

La Suisse livre 4450 noms

Après avoir fait son beurre sur ses riches clients américains, en les aidant à dissimuler leurs avoirs derrière des sociétés bidons et des œuvres caritatives, voilà que l’UBS les dénonçait pour sauver sa peau. Bien évidemment les Etats-Unis n’en sont pas restés là. Ils ont menacé la banque d’un procès qui pouvait lui coûter des milliards d’amendes. Quant aux banquiers suisses, ils étaient sous le coup d’inculpations pour complicité de fraude fiscale.

 - JPG - 28.3 ko
© Nardo

Mercredi 19 août, le gouvernement suisse a signé un compromis avec Washington. L’UBS échappe au procès mais livre encore 4 450 noms de clients américains. Pour Berne, c’est une victoire à la Pyrrhus. Pourquoi les Américains ne continueraient-ils pas à réclamer d’autres noms ? Puis à s’attaquer à d’autres établissements financiers, le Crédit suisse et les prospères banques privées de Zurich, Genève et Lugano.

L’arrestation d’Hannibal Kadhafi

On imagine que tous les autres fraudeurs, américains, français ou allemands, sont presque tous actuellement en train de vider leurs coffres suisses. Pour se réfugier à Chypre, à Singapour ou à Dubaï, des places financières qui ne sont pas encore dans l’œil du cyclone. Du coup, la Suisse va se retrouver nettement plus propre, mais beaucoup plus pauvre.

Bafouée par les Américains, Berne a été humiliée le lendemain par la Libye. Que s’est-il passé ? Le 15 juillet 2008, la police genevoise met en cellule pendant deux jours Hannibal Kadhafi, le plus allumé des fils du « Guide », qui tabassait, avec son épouse, leurs domestiques dans un palace genevois. Aussitôt, par mesure de rétorsion, Tripoli arrêtait deux Suisses. Un an plus tard, les deux malheureux ne peuvent toujours pas quitter le pays.

Le colonel Kadhafi vide ses coffres

Plus grave encore pour la Suisse : le colonel Kadhafi décide de retirer toute sa fortune de la Confédération ! Hans-Rudolf Merz, le président, est donc allé à Canossa jeudi dernier. A plat ventre, il a exprimé ses excuses « au peuple libyen pour l’arrestation injuste de diplomates libyens par la police de Genève » (or, Hannibal et son épouse ne sont pas diplomates). Plus grave, le président suisse annonce la mise sur pied d’un tribunal arbitral chargé d’examiner les circonstances de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi

Et Hans-Rudolf Merz, qui n’a même pas été reçu par le colonel Kadhafi, est reparti… sans les deux Suisses. Ces derniers ont déjà passé plus de 13 mois en Libye sans raison. Hermann, le dessinateur de La Tribune de Genève, montre le président de la Confédération en caleçon qui déclare : « Je n’ai pas baissé mon pantalon devant Kadhafi. Il était déjà en bas pour l’accord UBS-USA ».

« Racketter la Suisse »

En deux jours, le gouvernement suisse a bafoué ses propres lois. D’une part, il a violé le secret bancaire, ce qui reste toujours un délit, passible d’une peine de prison. D’autre part, il s’est ingéré dans les affaires du canton de Genève. Or, la justice relève toujours du canton et non de la Confédération. Savez-vous comment le journaliste Claude Monnier titre sa chronique ? « Racketter la Suisse ? Chacun ose, désormais ! ».

samedi 8 août 2009

Ils continuent à se goinfrer

«Les banques sont en train de détruire le capitalisme»

Alexandra Combe - Marianne | Vendredi 07 Août 2009 à 18:01 | Marianne2

Les bonus de la BNP polarisent l'attention. Et les réactions fusent. Alexandra Combe en a cueilli quelques unes au passage. Et d'abord, celle de Didier Cornardeau, président de l'Association des petits porteurs actifs (APPAC). Pour lui, il faut néanmoins ne pas oublier de remettre ce scandale en perspective: ce milliard de bonus, c'est l'arbre qui cache la forêt.



Didier Cornardeau - Association des petits porteurs actifs
Didier Cornardeau - Association des petits porteurs actifs
Quelles sont vos réactions à propos de la décision de BNP Paribas de prévoir environ un milliard d’euros pour les bonus de ses équipes ?

Didier Cornardeau : Ma réaction, celle de l’APPAC, est celle de tous les Français : c’est scandaleux ! L’Etat confirme le diction « on ne prête qu’aux riches ». On aurait préféré que ces résultats très positifs dégagés par les banques soient donnés ou prêtés à des secteurs économiques en difficulté et plus spécialement au secteur agricole. L’activité est dense car les taux d’intérêt sont faibles. Ainsi le chiffre d’affaires est en hausse et on rémunère les traders avec des bonus alors que des plans de licenciements sont en cours. On favorise les gens qui n’ont rien apporté aux banques. On ferait bien mieux de financer le personnel des banques par exemple étant donné les plaintes des clients qui se multiplient et l’image des banques en France qui est très mauvaise.

Etes-vous de l’avis de l’association SOS Petits Porteurs selon laquelle il s’agit du « milliard des traders » et que l’argent doit être remboursé à l’Etat ?

Le scandale c’est qu’on donne des bonus aux traders pour récompenser leur travail alors que beaucoup de banques sont en voie de disparition. Il faut savoir que BNP Paribas aujourd’hui est presque sans concurrence. Les Français ont fait des efforts en subventionnant les banques et il n’y a aucune contrepartie. On verra bien ce que recevront les actionnaires en décembre 2009. Ce serait encore plus scandaleux s’ils recevaient des dividendes inférieurs à ces provisions. On remet en cause l’intérêt social de la BNP en favorisant une politique en défaveur des salariés, des actionnaires et des clients de la BNP et au profit de l’intérêt personnel des dirigeants.
L’Etat reçoit déjà 8% ce qui est un taux plutôt favorable. L’argent doit être remboursé à l’Etat si ce dernier doit aider d’autres secteurs en difficulté je pense notamment au secteur industriel. Le rôle de l’Etat n’est pas d’être un banquier mais d’aider les secteurs en difficulté et de sauver l’emploi.

Faut-il une intervention du gouvernement pour mettre fin à ce genre de pratiques de la part des banques ?

Oui, il faut une intervention du gouvernement. Le Medef n’agit pas alors que chaque mois il y a un nouveau scandale. Il faut arrêter ces rémunérations scandaleuses au profit de personnes qui ne les méritent pas. A côté de cela, il y a les salariés et les Français qui souffrent. Les banques sont en train de détruire le capitalisme et le libéralisme. Il faut légiférer pour endiguer ce phénomène. Pour éviter une crise sociale, le gouvernement devra agir fermement à la rentrée sociale car c’est ce qu’attendent tous les Français.

La demande de Christine Lagarde de saisir le gouverneur de la Banque de France pour s’assurer du respect des règles de la finance vous paraît-elle suffisante ?

C’est à Christine Lagarde de prendre ses responsabilités et de proposer des règles. L’efficacité passe par une loi votée au parlement et non pas par des recommandations qui n’aboutissent à aucune sanction. Il faut un vrai encadrement et des exigences strictes.

Etes-vous d’accord avec la proposition de Jean-Marc Ayrault de faire intervenir le parlement pour légiférer ?

Le pouvoir politique n’est pas maître à bord. Les banquiers ont plus de pouvoir que les politiques. Il faut rétablir la balance en aidant l’industrie afin de gérer les problèmes liés à l’emploi. L’intervention législative traduit un échec. S’il faut recourir à la loi, c’est que l’autorégulation ne fonctionne plus. Si les patrons du secteur bancaire étaient plus consciencieux et plus respectueux, ils n’agiraient pas comme ça. Ils gèrent leur patrimoine au détriment des épargnants.
La crise n’a pas servi de leçon, ils continuent à se goinfrer alors que les industries souffrent.

La fête continue

Banques, bonus, bénéfices : le paradoxe des parasites

vendredi 7 août 2009 Le Courrier diplomatique

Onze milliards quatre cent millions de dollars provisionnés au premier semestre 2009 par la banque américaine Goldman Sachs pour récompenser ses courtiers ; 1 milliard d’euros épargné par BNP Paribas en prévision du versement de primes à ses acrobates financiers (selon Libération, 5 août 2009) ; 4 milliards de livres sterling de bonus attendus par les traders de la City, à Londres ; 32,6 milliards de dollars versés l’an dernier sous forme de primes par neuf établissements de Wall Street qui, dans le même temps, avaient perçu 175 milliards d’aides publiques, selon les conclusions de l’enquête menée par le procureur général de l’Etat de New York, M. Andrew Cuomo (1) : la routine bancaire a repris son cours.

Bien que situés quelques barreaux en dessous sur l’échelle de la démesure, ces montants évoquent ceux mobilisés quelques mois plus tôt par les puissances publiques pour sauver le réseau bancaire mondial de l’effondrement. De septembre 2008 au printemps 2009, chefs d’Etat et banquiers centraux se sont, littéralement, mis au service des banques privées. Avec l’argent du contribuable, ils ont nationalisé les plus claudicantes, garanti ou racheté les créances pourries détenues par les autres, injecté des centaines de milliards de dollars dans leurs fondations branlantes, inondé les guichets d’un flot illimité et pratiquement gratuit de liquidités. Pour, finalement, se substituer à des établissements soudain incapables de remplir leur principale fonction : irriguer l’économie en crédit.

C’est là tout le paradoxe des parasites. En l’espace de quelques mois, les banques d’affaires privées ont successivement démontré leur nullité (politique de prêts reposant sur l’idée que les prix de l’immobilier grimperaient éternellement, accumulation explosive de créances douteuses), leur nocivité (funambulisme spéculatif sur le pétrole, les produits alimentaires et les matières premières), leur fragilité (le naufrage de l’une déclenche une crise mondiale du crédit), leur inutilité (l’Etat les remplace sans dommage) et, enfin, l’insatiable cupidité de leurs dirigeants – sans qu’il en soit tiré aucune conséquence pratique. Nationaliser franchement, et durablement, l’ensemble du secteur aurait-il été plus coûteux ?

Malgré les communiqués triomphaux des membres du G20 (dont la Chine, la Russie, le Brésil, l’Argentine, l’Afrique du Sud) réunis à Londres en avril dernier pour « réformer le capitalisme » et ramener ses acteurs à plus de raison, le sauvetage des géants de la finance n’a été assorti d’aucune condition digne de ce nom. Comme l’indiquent les profits enregistrés au deuxième trimestre 2009 par Goldman Sachs, Citigroup, Barclays, BNP Paribas, HSBC, etc., la rente bancaire sort intacte d’une crise qui prive d’emploi des dizaines de millions de salariés ; elle accomplit l’exploit d’unir dans une commune réprobation des contribuables détroussés par des tarifs exorbitants et soumis à la gabelle du renflouage, les chefs d’entreprise étouffés par la restriction du crédit et les actionnaires effarés par le montant de bonus qui amputent d’autant leurs dividendes !

Dans la Grèce antique, l’hubris, cette aspiration violente à la démesure, appelait la némésis, le châtiment par la destruction. Mais quel gouvernement se risquerait à réprimer un secteur où se recrutent et se recyclent tant de cadres du pouvoir politique ?

Pierre Rimbert

lundi 3 août 2009

La crise n'est pas finie

Le capitalisme en danger? Sauvons les banquiers!

Paul Jorion - économiste | Dimanche 02 Août 2009 à 07:01 | Lu 2687 fois


Les banques américaines savent que la crise n'est pas finie. D'ailleurs, sous couvert de redistribution de fonds, elles mettent leur argent de côté pour faire face à toute éventualité. Mais selon Paul Jorion, elles n'ont pas prévu une chose: et si le capitalisme mourait vraiment? (Si vous aimez les chroniques de Paul Jorion, n'oubliez pas de cotiser sur son site!)



Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Des difficultés techniques du côté de Seesmic m’ont empêché de télécharger la vidéo de 12 minutes que j’avais enregistrée. Je vais donc reconstituer par écrit ce que j’avais tenté de vous dire.

Dans ma chronique du mois de juin dans Le Monde, reproduite dans mon billet Le Monde - Économie, lundi 29 – mardi 30 juin : Etats-Unis : de bien curieux remboursements, j’essayais de comprendre pourquoi un certain nombre de banques américaines avaient voulu rembourser de manière anticipée les fonds qui leur avaient été donnés dans le cadre du TARP (le Troubled Asset Relief Program), le programme mis en place pour leur permettre de se recapitaliser et de procéder à nouveau à l’allocation de crédits. Je rappelle que le TARP avait été mis en place une fois qu’avait été écartée la formule envisagée en premier : celle d’une « bad bank », d’une banque de défaisance, où seraient mis en quarantaine les produits financiers dévalorisés : les Residential Mortgage-Backed Securities dévalués en raison des défauts des emprunteurs, en particulier dans le secteur « subprime », celui qui regroupe les ménages les moins nantis.

Je dressais un parallèle entre ce comportement des banques échappant au carcan du TARP et ce que j’avais pu personnellement observer à l’époque où j’étais cadre chez Countrywide, le principal établissement financier américain dans le domaine des crédits hypothécaires. À une série de rumeurs très favorables à la firme – et dont on affirmait parmi les cadres qu’elles émanaient probablement de la direction – succédait la vente par ses dirigeants de la quasi-totalité de leurs actions. Opération que l’on pouvait résumer de la manière suivante : vider la caisse avant de s’éclipser.

Une rémission plus que relative

Alors que le remboursement des sommes avancées dans le cadre du TARP par, en particulier, Goldman Sachs, JP Morgan Chase et Morgan Stanley, apparaissait aux yeux du public comme un signe de bonne santé de la finance, je me demandais s’il ne fallait pas y lire au contraire le signe d’une aggravation de la situation : le signe d’une désespérance de la part de leurs dirigeants, déterminés à tirer le maximum d’argent de leurs opérations avant que celles-ci ne doivent s’interrompre une fois pour toutes.

Un autre élément vient confirmer cette interprétation, un indice utilisé généralement comme baromètre d’une reprise économique éventuelle : l’achat d’actions de leur propre firme par les dirigeants d’entreprises. Or cet indice demeure en baisse : profitant d’un rebond boursier favorisé par le relâchement des règles comptables relatives à la valorisation des produits financiers, les patrons continuent de vendre les actions de leur compagnie et n’en rachètent toujours pas. Si l’on répète partout que les choses vont mieux, une chose est sûre en tout cas : les chefs d’entreprise n’en sont pas eux persuadés.

Autre indice, allant lui aussi dans le même sens, des chiffres disponibles depuis hier, révélés dans un rapport diffusé par Andrew Cuomo, l’Avocat Général de l’État de New York : sur les 175 milliards de dollars distribués dans le cadre du TARP, 36,2 milliards, soit 18,6 % de la somme furent immédiatement redistribués en bonus aux dirigeants de ces entreprises, mieux, si l’on concentre son attention sur les trois principales banques qui remboursèrent les fonds obtenus dans le cadre du TARP : JP Morgan Chase, Goldman Sachs et Morgan Stanley, la somme distribuée en bonus atteint 18 milliards de dollars, à comparer aux 45 milliards reçus, soit 40 % du total.

Bien sûr, ces trois banques ont remboursé les fonds obtenus, mais s’agissait-il d’une véritable prouesse quand les 60 % restants, les 27 milliards, ont pu être utilisés pour la spéculation dans un univers de concurrence décimé ? Ces firmes continuaient aussi de bénéficier de la garantie du gouvernement américain dans leurs opérations, et avaient toujours accès aux fonds procurés par la Federal Reserve à un taux extrêmement bas.


Pourquoi cette prodigalité choquante alors que les chiffres seraient nécessairement connus ? Les montants des bonus apparaissent en effet au bilan, la presse américaine et les blogueurs sont par ailleurs extrêmement curieux et, dans le monde du travail américain où les licenciements sont extrêmement aisés et ne requièrent aucune justification, les employés éprouvant du ressentiment envers leur firme présente ou passée sont extrêmement nombreux et toujours disposés à vendre la mèche.

Sans doute parce que la période où ce partage des restes demeure possible présente un créneau de très courte durée, obligeant du coup à agir dans la précipitation. Ces dirigeants envisageraient-ils même qu’ils puissent être arrêtés et punis, agir au plus vite leur permet de mettre les sommes soustraites à l’abri d’une confiscation éventuelle, tactique utilisée par des gangsters sachant déjà qu’ils seront pris mais prenant toutes les précautions nécessaires pour pouvoir récupérer le plus gros des sommes volées à leur sortie de prison.

Si donc ces dirigeants d’entreprise et moi pensons – au contraire du public – que la situation continue inexorablement de se dégrader, partagent-ils avec moi le sentiment que l’on observe ici les signes de la fin du capitalisme ? Probablement non : leur attitude révèle sans doute qu’ils considèrent la crise comme beaucoup plus sévère que celles qui furent observées dans les années récentes, mais le fait qu’ils tentent de constituer des réserves dans la précipitation et en se souciant peu que ce soit au vu de tous, suggère qu’ils envisagent un « come-back » futur dans un cadre identique à celui qui existait auparavant.

Si l’on parle en effet beaucoup d’inflation, voire même d’hyperinflation, à venir, en raison des sommes énormes injectées depuis deux ans par les autorités monétaires, le fait est que ces fonds sont en réalité indisponibles, une portion importante en étant placée par les établissements financiers auprès de leur banque centrale, ou bien étant, comme on vient de le voir, directement redistribuée entre dirigeants d’entreprises. Ces fonds sont donc, de fait, gelés sous la forme de réserves et, ne circulant pas, ne génèrent aucune pression inflationniste. Rien ne vient du coup contrer les tendances déflationnistes que constituent de leur côté la récession et les pertes d’emplois. Lorsque les prix seront tombés au plus bas, les sommes que l’on voit raflées en ce moment pourront sortir de leur cachette et racheter à bas prix les biens dévalorisés.

... avant la fin du capitalisme?

Les événements se dérouleront-ils selon ce scénario ? Je ne le pense pas personnellement, et ceci, pour deux raisons. La première est que les sommes perdues cette fois-ci sont beaucoup plus considérables que lors de crises précédentes : la taille des dettes accumulées est cette fois disproportionnée par rapport aux richesses créées entretemps, trait qui a empêché que le recours à la formule bien rodée de la « privatisation des profits, socialisation des pertes » ait pu constituer cette fois la réponse appropriée : la socialisation des pertes ne suffit plus à la tâche, le corps social étant incapable cette fois de l’absorber. On a vu Mr. Alan Grayson, parlementaire américain, ironiser sur le fait que le prêt de la Federal Reserve à la banque centrale néo-zélandaise représente 33.000 dollars par ménage de ce petit pays, soulignant la disproportion que j’évoque.

La deuxième raison, c’est l’horizon de la planète elle-même : le fait que l’orgie productive que lui ont permis au cours des deux derniers siècles les carburants fossiles arrive à sa fin et que le réchauffement de la planète – le fait que ce soient les hommes qui en soient responsables ou non étant indifférent – nous obligera désormais de vivre dans un monde beaucoup moins accueillant à l’espèce.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un« jo urnaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.