Les banquiers suisses aiment par dessus tout frauder le fisc américain
Les 3000 évades fiscaux français chassés par Bercy ne sont que pécadille pour les banquiers suisses. En Helvétie, la spécialité, c’était la fraude au fisc américain. Notamment du côté de l’UBS.
La Suisse, reine du chocolat, a longtemps su remplir ses coffres-fort. Et dénicher les talents qui l’y aideront.
Bradley Birkenfeld, financier américain, est recruté en 2001 par l’UBS, la principale banque suisse. Il emmène dans ses bagages Igor Olenicoff, un milliardaire américain, jusqu’alors client de la Barclays. Le magnat de l’immobilier planque 200 millions de dollars derrière un réseau sophistiqué de sociétés offshore. En fait, il s’agit de faire carrément « disparaître » l’argent.
Un exemple dénoncé par le fisc américain : les fonds partent aux îles Caïmans. Ils atterrissent ensuite en Suisse. Et là, les millions de dollars changent de mains. Ils deviennent propriétés de fondations liechtensteinoises, placées elles-mêmes sous le contrôle de sociétés domiciliées au Panama et à HongKong. Un petit tour du monde qui sème les agents des impôts de tous les pays.
Les avantages d’une fondation caritative
En interne, l’UBS ne dissimule alors même pas le but de l’opération. Et explique doctement qu’il convient de « mettre en place une structure entre la banque et la fondation ou le trust qui servira d’intermédiaire non transparent en tant que bénéficiaire ». Mais Bradley Birkenfeld, et sa vingtaine de clients millionnaires (ou milliardaires), est loin d’être un franc tireur. L’établissement suisse a lancé, à partir de 2001, un véritable commando d’une soixantaine de banquiers à l’assaut des grandes fortunes américaines.
Ces mercenaires hantent les raouts culturels et sportifs, tous les lieux fréquentés par les très hauts revenus. Ils leur expliquent que tous les coups sont permis pour échapper au fisc, surtout depuis la création par l’UBS d’une fondation caritative, baptisée Optimus. De bonnes oeuvres qui servent moins à des projets philanthropiques que de réceptacle à l’évasion fiscale.
Quand un milliardaire balance
L’exemple de l’organisation de la foire Art Basel à Miami est un autre cas d’école de fraude fiscale. Où de riches collectionneurs ont acheté des œuvres d’art à un prix gonflé artificiellement, et récupéré ensuite le surcoût sur un compte UBS dans les Caraïbes ou à Singapour. Sept ans durant, tout le monde s’est gavé au détriment de l’International Revenue Service (IRS), dépendant du Trésor américain et chargé de la collecte des impôts. Seulement voilà, celui-ci a fini par pincer Igor Olenicoff.
Gaulé, le milliardaire accepte de payer 52 millions de dollars d’arriérés d’impôts et passe aux aveux pour éviter la prison. Il dénonce son « conseiller » Bradley Birkenfeld, qui lui-même crache dans la soupe, et révèle les méthodes mafieuses de l’UBS. La banque aurait aidé à soustraire 20 milliards de dollars au fisc américain.
Après les Etats-Unis, la France ?
Bradley Birkenfeld s’est mis à table en 2008 dans l’espoir d’obtenir à son tour la clémence de la justice américaine. Il évoque des méthodes dignes de James Bond : e-mails codés, devises étrangères désignées par une couleur, et les montants par un symbole. Une noix pour 250 000 dollars, un cygne pour un million. Il raconte même avoir ramené pour un client américain des diamants dissimulés dans un tube de dentifrice…
Les juges se sont montrés guère indulgents, puisque Bradley Birkenfeld a écopé de 40 mois de prison aux Etats-Unis. En revanche, tous ses supérieurs à l’UBS, à commencer par Peter Kurer, l’ancien président du conseil d’administration, et Martin Lechti, ancien patron de la gestion de fortune pour la zone « Amériques », sont Suisses, et n’ont pas été jugés.
« Croyez-vous qu’il n’y a que l’UBS qui usait de telles pratiques ? Et que le seul terrain de chasse était les Etats-Unis ? », sourit un ancien banquier genevois, dont l’essentiel de sa clientèle était composée de riches ressortissants francophones. Sans doute !